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Alimentation & Protéines8 min de lecture

Protéines et force : ce que dit l'étude européenne de 2026

Une étude sur 38 073 Européens de 50 ans et plus relie un faible apport en aliments riches en protéines à moins de force. Ce qu'elle montre, ses limites.

Vue de dessus d'une table en bois : deux mains d'adulte tiennent un bol de lentilles, entouré d'œufs, d'un pot de yaourt et d'un filet de poisson cuit au citron
Image générée par IA

Une étude publiée le 26 mars 2026 dans la revue Nutrients a suivi 38 073 personnes de 50 ans et plus, dans 27 pays européens dont la France. Elle relie le fait de manger rarement des aliments riches en protéines à une force de la main plus basse environ deux ans plus tard. La force de la main n'est pas un détail : dans une étude sur 139 691 personnes de 35 à 70 ans, elle prédisait mieux le décès que la tension artérielle systolique (Leong 2015).

Cette étude confirme-t-elle qu'il faut manger plus de protéines après 50 ans ? Elle va dans ce sens, mais elle ne mesure pas un nombre de grammes de protéines. Voici ce qu'elle a mesuré, ce qu'elle trouve, et ce qu'on ne peut pas en conclure.

L'essentiel

  • « Faible apport » désigne ici les 10 % de personnes qui consomment le moins souvent des produits laitiers, des légumineuses ou œufs, et de la viande, du poisson ou de la volaille. Aucun nombre de grammes n'est mesuré.
  • Chez les hommes de 50 à 65 ans, le faible apport est associé à des cotes de 1,39 d'avoir ensuite une force de la main basse. Chez les femmes de 50 à 65 ans, cette association n'est pas significative.
  • Chez ces mêmes femmes, des difficultés du quotidien (marcher 100 m, faire ses courses) sont plus fréquentes dans le groupe à faible apport.
  • C'est une étude d'observation : un essai randomisé a mesuré, lui, l'effet de conseils pour manger plus de protéines.

Ce que l'étude a mesuré

Les chercheurs ont exploité une enquête européenne appelée SHARE, qui interroge les mêmes personnes de 50 ans et plus à intervalles réguliers. Ils ont comparé deux passages : 2019-2020 pour l'alimentation, 2021-2022 pour la force et les difficultés physiques (Qaisar 2026).

Comment l'apport en protéines est évalué. Les participants indiquent combien de fois par semaine ils mangent des produits laitiers, des légumineuses ou des œufs, et de la viande, du poisson ou de la volaille. Les réponses sont combinées en un indice, et le « faible apport » correspond au dixième des personnes qui obtiennent l'indice le plus bas. Cela représente 9,5 % de l'échantillon (Qaisar 2026).

À titre de repère, dans le même échantillon, 59,7 % des personnes mangeaient des produits laitiers chaque jour, 30,5 % de la viande, du poisson ou de la volaille, et seulement 9,9 % des légumineuses ou des œufs.

Comment la force est évaluée. Les participants serrent un dynamomètre, un petit appareil qui mesure la force de la main. Une force basse correspond à 27 kg ou moins pour un homme, 16 kg ou moins pour une femme, les seuils que les auteurs reprennent du consensus européen sur la sarcopénie (Cruz-Jentoft 2019). Les difficultés du quotidien (marcher, se baisser, faire ses courses) sont déclarées par les personnes elles-mêmes.

Les résultats sont donnés en rapports de cotes. Un rapport de cotes de 1,39 signifie que, dans le groupe à faible apport, les cotes d'avoir une force basse sont 1,39 fois celles des autres. C'est une mesure de comparaison entre deux groupes, qui ne se lit pas exactement comme « 39 % de risque en plus ».

Ce que l'étude trouve

Les chiffres ci-dessous viennent du tableau 4 de l'article. « Non significatif » veut dire que la différence observée peut s'expliquer par le hasard.

GroupeForce de la main basseDifficulté à marcher 100 mDifficulté pour les courses
Hommes de 50 à 65 ans (6 104)1,391,531,25 (non significatif)
Hommes de 66 ans et plus (10 091)1,351,251,05 (non significatif)
Femmes de 50 à 65 ans (8 777)1,13 (non significatif)1,511,65
Femmes de 66 ans et plus (13 101)1,211,341,22

Trois lectures se dégagent.

  1. Les hommes ont une association plus nette avec la force de la main. Les auteurs le notent aussi : l'association avec la force est plus forte chez les hommes, et les difficultés fonctionnelles sont plus fréquentes chez les femmes.
  2. Chez les femmes de 50 à 65 ans, la force de la main ne ressort pas, mais les gestes du quotidien oui : marcher 100 m, se baisser, lever les bras au-dessus des épaules, faire ses courses.
  3. Le sens d'ensemble est constant. Sur les 40 rapports de cotes du tableau (10 critères dans 4 groupes), 39 sont au-dessus de 1. Les auteurs parlent d'une hausse « modeste mais constante » du risque.

L'article met aussi en avant un rapport de cotes de 2,27 pour les difficultés aux toilettes chez les femmes de 50 à 65 ans. Il ne donne pas le nombre de cas derrière ce chiffre, donc je ne m'appuie pas dessus.

Ce qu'on ne peut pas en conclure

Il ne dit pas combien de protéines manger. L'indice compte des fréquences de repas, pas des grammes, et les auteurs reconnaissent qu'il n'a pas été validé par rapport à un apport en grammes par kilo et par jour. Cette étude ne permet donc pas de trancher entre le repère de l'ANSES (0,83 g/kg/jour) et les 1 à 1,2 g/kg/jour que le Sénat juge plus adaptés pour les personnes âgées (Sénat, rapport r24-708). Pour les quantités, voir combien de protéines par repas après 45 ans.

« Faible » est un classement, pas un manque. Dans n'importe quel groupe, un dixième des personnes se retrouve dans le bas du classement. L'étude ne dit pas que ces personnes sont carencées, ni que les Français ne mangent pas assez de protéines.

Elle ne prouve pas une cause. Les auteurs précisent que leurs résultats montrent des associations à court terme, et pas une progression à long terme ni un lien de cause à effet. Le suivi est d'environ deux ans. Ils signalent aussi que l'activité physique et la qualité des protéines ne sont pas modélisées avec l'apport.

Ce que dit un essai randomisé

Pour savoir si manger plus de protéines change quelque chose, il faut comparer deux groupes tirés au sort : c'est un essai randomisé. L'un a été mené auprès de 276 adultes âgés dont l'apport habituel était inférieur à 1,0 g/kg/jour. Les participants qui ont reçu des conseils pour atteindre au moins 1,2 g/kg/jour ont gagné, au bout de 6 mois, 12,4 secondes sur 400 m de marche et 32,6 N de force d'extension des jambes par rapport au groupe sans conseil. Pour la force de la main, aucun effet significatif n'a été observé (Reinders 2022).

Les deux études ne se contredisent pas, mais elles ne se superposent pas non plus : l'une observe une association avec la force de la main, l'autre mesure une amélioration de la marche et de la force des jambes. Une méta-analyse de 49 essais ajoute que les protéines ajoutées à un entraînement de force donnent un gain modeste, qui diminue avec l'âge, sans bénéfice supplémentaire au-delà de 1,62 g/kg/jour (Morton 2018).

Ce qu'il faut en retenir

Manger régulièrement des aliments riches en protéines (produits laitiers, œufs, légumineuses, viande, poisson) est associé à une meilleure force dans cette étude, et les résultats vont dans le même sens à 50-65 ans que plus tard. L'étude ne fixe aucune fréquence à respecter et ne remplace pas l'entraînement : pour cela, voir la musculation après 50 ans.

FAQ

Que montre l'étude SHARE sur les protéines et la force de la main ?

Chez 38 073 personnes de 50 ans et plus, un faible apport en aliments riches en protéines est associé à une force de la main plus basse environ deux ans plus tard : rapports de cotes de 1,39 chez les hommes de 50 à 65 ans, 1,35 chez ceux de 66 ans et plus, 1,21 chez les femmes de 66 ans et plus (Qaisar 2026).

Un faible apport correspond-il à un nombre de grammes précis ?

Non. Il s'agit du dixième de l'échantillon qui mange le moins souvent ces aliments, calculé à partir de fréquences de repas. Les auteurs précisent que l'indice n'a pas été validé par rapport à un apport en grammes par kilo (Qaisar 2026).

Les femmes de 50 à 65 ans sont-elles concernées ?

Pour la force de la main, l'association n'est pas significative dans ce groupe (rapport de cotes de 1,13). Pour les gestes du quotidien, elle l'est : 1,51 pour marcher 100 m et 1,65 pour faire ses courses (Qaisar 2026).

Cette étude prouve-t-elle qu'il faut manger plus de protéines ?

Non, elle montre une association. Dans un essai randomisé auprès de 276 adultes âgés à faible apport, des conseils pour manger plus de protéines ont amélioré le temps de marche sur 400 m de 12,4 secondes et la force des jambes, mais pas la force de la main (Reinders 2022).

Sources

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